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Philippe Gindre (La Clef d'Argent)
Après une thèse sur les néologismes dans la littérature de SF anglophone et une carrière éclair dans l'enseignement supérieur, Philippe Gindre est désormais traducteur (Dans la vallée des statues de Robert Holdstock (Lunes d'Encre) ou encore bon nombre de textes de H.P. Lovecraft), père au foyer et fanéditeur depuis maintenant 20 ans avec les éditions La Clef d'Argent. Il s'essaie aussi à l'écriture et crée en 1996 les personnages récurrents de Coolter & Quincampoix qu'il partage désormais avec d'autres auteurs.
Intervention de Vedma Nàdasty
C'est en Europe centrale et en Europe de l'est que Vedma Nàdasty, entame des recherches historiques et littéraires. Et c'est en Pologne qu'elle découvre par hasard Nihil Messtavic qui laisse derrière lui des milliers de pages témoin de sa funeste attirance pour le néant. Touchée par cettre traduction de pensées nihilistes, j'ai tenu à inviter Vedma pour nous parler de cette étonnante découverte littéraire publiée à la Clef d'Argent sous le titre Le crachoir du solitaire.
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- Bonjour Philippe, tu as donc crée en 1987 l’éditeur associatif La Clef d’Argent, peux-tu nous dire ce qui a motivé cette initiative? Et quelle identité culturelle ou de genre pourrait-on donner à cette maison? Bonjour Erwelyn et merci pour ton invitation. J’ai découvert ton immense bibliographie vampirique en ligne avec beaucoup d’intérêt (ma pile «à lire» vient de prendre quelques dizaines de centimètres d’un seul coup :-) et c’est bien sûr un grand plaisir de participer à cet entretien. Oui, La Clef d’Argent existe maintenant depuis un peu plus de 20 ans. Philippe Dougnier et moi avions une vingtaine d’années à l’époque. Nous l’avons créée dans un premier temps pour publier les textes que nous écrivions, et les dessins de Philippe. Mais nous n’avons jamais travaillé très rapidement et en quelques mois nos «réserves» ont été épuisées. Heureusement, en cours de route d’autres personnes nous ont rejoints. Nous avons commencé, comme beaucoup, par un fanzine photocopié à quelques dizaines d’exemplaires. Il s’appelait Le Cri Mécanique. Puis nous avons évolué progressivement, à mesure que nos moyens nous le permettaient, vers l’offset (technique classique d’imprimerie), puis vers le tirage à la demande sur presse numérique que nous utilisons maintenant majoritairement. Mais l’aspect matériel des livres que nous produisions nous a toujours tenu beaucoup à coeur. Les premiers numéros du Cri Mécanique possédaient déjà un dos carré (réalisé très artisanalement et très très lentement) et étaient illustrés de gravures à l’eau-forte que nous tirions, une par une, sur du vélin d’Arche, à l’aide d’une presse à rouleau. Je garde un souvenir très particulier de ces heures «terribles» passées dans une cave, dans les vapeurs de perchlorure de fer tout d’abord (solution acide qu’on utilise pour «mordre» les plaques de cuivre, c’est à dire y graver les dessins), puis dans les exhalaisons entêtantes de l’encre pâteuse qu’on mettait à tiédir sur un chauffe-plats avant de l’étaler à la main sur les plaques de cuivre à l’aide d’une boule de tarlatane. Après quelques numéros, nous nous sommes tournés vers des moyens de reproduction sans doute plus courants, mais nettement plus rapides. L’association La Clef d’Argent doit son nom à une nouvelle de l’écrivain américain H.P. Lovecraft (1890-1937). Une manière pour nous, à l’époque, de rendre hommage à un personnage littéraire hors normes qui avait beaucoup marqué notre adolescence. Nous ne nous consacrons pas uniquement à lui, loin de là, mais assez régulièrement il revient au centre de nos préoccupations. En fait, c’est le fantastique au sens large qui nous intéresse. Ni l’horreur purement physique, ni le merveilleux, l’imaginaire pur, mais tout ce qui se trouve à mi-chemin, tout ce qui bouleverse subtilement le réel, ou notre perception du réel. Parmi les auteurs «classiques» auxquels nous nous sommes intéressés, on peut citer, outre Lovecraft : Wilkie Collins (1824-1889), Charles Hesseins (1836-1861), René Jolivet (1898-1975), Amado Nervo (1870-1919), Charles Rabou (1803-1871), Jean Richepin (1849-1926), Clark Ashton Smith (1893-1961), Théo Varlet (1878-1936). Parmi les auteurs contemporains que nous avons publiés : Philippe Bastin, Gilles Bailly, Arthur Z. Balogh, Serge Berthet, Michel Butor, Yannick Dauby, Robert Delanne, Roland Fuentès, Philippe Gontier, Christophe Grès, Christian Hibon, Alain Legrand, Jonas Lenn, Denis Moiriat, Stéphane Mouret, Lucile Négel, Victor Parral, Alain Roussel, Jérôme Sorre, Léa Silhol, Pierre Vandrepote, Dean Venetza, Philippe Vidal, Martin Zeugma. Dans la grande majorité des cas, les textes publiés sont des nouvelles. Souvent très courtes. La nouvelle est en fait la forme littéraire qui nous intéresse le plus. Nous lui consacrons une anthologie périodique, le Codex Atlanticus, qui après être passée par différentes présentations et avoir connu des périodicités très diverses, est désormais devenue une anthologie annuelle qui paraît au solstice d’été. Cela nous laisse plus de temps pour nous occuper des autres projets dont, justement, KholekTh, une collection de recueils de nouvelles dont le premier volume est Le passage : onze nouvelles de Sylvie Huguet, talentueuse nouvelliste qui a déjà publié une centaines de textes, très souvent dans le domaine du fantastique. La Clef d’Argent est une toute petite structure en fait, puisque notre comité de lecture/rédaction se compose pour l’instant de 5 personnes : Balbina Serrano et moi-même, Philippe Gontier, Éric Dussert et Christian Hibon. Éric Dussert et Philippe Gontier sont également nos «notuliers», c’est-à-dire qu’ils sont chargés de rédiger les notes bio-bibliographiques qui accompagnent toute réédition de texte ancien, afin de replacer l’auteur dans son époque, son contexte historique et littéraire. J’ai parfois rédigé certaines de ces notules, mais sans grande conviction : c’est un art à part entière où je suis loin d’exceller. Les graphistes Fernando Goncalvès-Félix, Sébastien Hayez et Patrick Mallet collaborent régulièrement avec nous. En dehors du choix des textes, je m’occupe de l’aspect plus matériel des choses, comme la saisie et la mise en pages des ouvrages, leur diffusion, leur vente, et la comptabilité. Depuis dix ans maintenant, je m’occupe également du site web.
- Comment sélectionnes-tu les textes? Il faut dans un premier temps qu’ils correspondent aux orientations que je viens d’évoquer. Ensuite, plus subjectivement, l’écriture, l’ambiance, ce que l’auteur a su mettre de lui-même dans son texte influencent forcément le jugement.
- Une partie des traductions est faite par ta femme (en espagnol), et toi en anglais. Que représente ce travail en terme d’investissement ? À vrai dire, depuis que je traduis professionnellement, je n’ai plus vraiment le temps de traduire pour La Clef d’Argent, hélas. C’est un peu la même chose pour Balbina Serrano, mon épouse, qui est enseignante et traduit pour La Clef d’Argent durant ses congés, essentiellement.
- En tant qu’éditeur associatif, quelle difficulté rencontres-tu dans l’impression et la diffusion? Et quel est le rythme de parution ? Le rythme est variable et est fonction, notamment, de nos possibilités financières et de la disponibilité des personnes impliquées dans les projets concernés. Les difficultés que nous rencontrons ne sont pas liées à notre statut associatif mais à notre taille, et ces difficultés sont celles de tous les micro-éditeurs : en premier lieu, la quasi-impossibilité de pouvoir prétendre à une diffusion/distribution d’envergure. Il faut le reconnaître, nous nous adressons à un lectorat qui est à l’heure actuelle relativement restreint. Dans les années 1970, la collection de littérature fantastique des éditions Marabout aurait suffi à elle seule à faire fonctionner correctement deux ou trois micro-éditeurs de notre envergure. Dans les années 1980, les éditions NéO devaient encore une bonne part de leur notoriété à leur collection F/SF. Aujourd’hui, le fantastique est dans le creux de la vague. Olivier Girard parlait même il y a quelque temps dans un éditorial de Bifrost de «genre moribond», ce qui commercialement parlant est loin d’être exagéré. C’est pourtant un genre qui est toujours pratiqué, et par des gens qui mettent souvent au centre de leurs préoccupations l’écriture. Il nous semble important de continuer à leur permettre d’être lus, et sur support papier, même si par la force des choses cela ne peut se faire pour l’instant que sous la forme du tirage à la demande, et avec une diffusion relativement artisanale. Nous nous adressons en fait à ce que les professionnels du livre appellent un «lectorat motivé», c’est-à-dire des gens qui se passionnent pour un genre littéraire particulier. Il n’y a aucun élitisme là-dedans : plus nous vendons de livres, plus nous sommes lus, mieux c’est. Simplement, le genre qui nous occupe n’intéresse pas suffisamment de lecteurs actuellement pour nous permettre de fonctionner à plus grande échelle. Sans parler de l’évolution des pratiques culturelles: pour beaucoup de gens, la lecture est désormais passée au second plan. Pour toutes ces raisons, comme de nombreux micro-éditeurs, associatifs ou non, nous sommes enfermés dans un cercle vicieux d’où il est difficile de sortir : peu ou pas diffusés, nous nous limitons à des petits tirages, ce qui augmente le prix des livres à l’unité et réduit notre marge bénéficiaire. D’où un «retour» financier relativement faible à court terme qui nous empêche de diffuser davantage nos livres. Mais ne pas être présent en librairie n’est pas vraiment un regret. Bien des petits éditeurs pros dépensent des fortunes pour pouvoir être présents quelques semaines seulement chez certains libraires, sans même avoir l’assurance que leurs livres sortiront des cartons de livraison : les innombrables nouveautés des grands éditeurs (de moins en moins nombreux mais de plus en plus présents) accaparent désormais l’essentiel de l’espace, et le libraire n’a guère le choix s’il veut faire fonctionner son commerce correctement. Combien de petits éditeurs se sont effondrés financièrement ces dernières années pour avoir voulu à tout prix se faire diffuser par les réseaux classiques ? Reste donc la solution qui consiste à se diffuser/distribuer soi-même, c’est-à-dire «faire la tournée des libraires», comme on dit dans le métier, même si bien souvent le contact est pris à distance. C’est ce que faisaient par exemple les éditions de l’Oxymore. Mais c’est un travail énorme qui ne peut pas se concevoir dans un cadre associatif et bénévole comme le nôtre. Nous avons opté pour quelque chose de complètement différent : tous nos titres sont référencés par Electre et Dilicom, ce qui permet en théorie à n’importe qui de commander nos ouvrages chez n’importe quel libraire de France (sous réserve de convaincre parfois certains libraires hésitants : à ceux-là il convient de préciser que nous prenons les frais de port à notre charge). Cela comprend bien sûr les librairies en ligne. Les libraires étrangers peuvent quant à eux commander nos ouvrages par l’intermédiaire du CELF (Centre d’Exportation du Livre Français). Dans l’état actuel des choses, il nous est difficile de faire mieux. Jusqu’à présent nos livres ont toujours fini par trouver leurs lecteurs. Cela prend parfois du temps, c’est dommage, mais nous n’y pouvons rien. Ceci étant dit, il se peut que d’ici quelques mois une solution qui serait financièrement à notre portée se mette en place dans notre région sous l’impulsion de notre Centre Régional du Livre, avec bien sûr une incidence sur le plan national, en terme de diffusion, dans un premier temps, puis de distribution. Ce serait un grand pas en avant pour nous. Si cela se concrétise, cela nous permettrait d’être bien plus présents en librairie que nous ne le sommes actuellement.
- Entre autre publication, tu t’es toi-même mis à l’écriture avec ton ami Christian Hibon. De cette collaboration sont nés Coolter & Quincampoix. Comment sont-ils sortis de votre imaginaire ? Un peu par hasard. De son côté, Christian Hibon mettait en scène depuis quelques années dans ses nouvelles un personnage un peu décalé, une sorte de dandy anarchisant, anticonformiste : John Coolter. Un passant de l’existence, un braconnier du réel pour reprendre une formulation très… hibonnienne ! Coolter est volontiers sentencieux à ses heures; quoi qu’il lui arrive, il trouve toujours matière à méditer. À sa façon, furieusement agnostique, c’est un grand mystique. Par jeu, j’ai commencé à envoyer à Christian, en exergue des lettres que je lui écrivais, de vrais/faux extraits de romans où je mettais en scène l’antithèse de Coolter : un petit bonhomme sérieux, appliqué, cartésien, presque matérialiste, ordonné, méticuleux, volontiers procédurier. Je l’ai baptisé Isidore Quincampoix. Christian m’a répondu aussitôt. Les deux personnages ont fini par se rencontrer et nous leur avons fait vivre des micro-aventures de quelques lignes, dans le plus pur style des romans d’aventure populaires du début du XXe siècle. Tout l’intérêt de la chose était dans le «non-dit», les allusions répétées à une foule d’autres personnages, de lieux, dont nous aurions été bien incapables de préciser la nature, mais qui donnaient par la simple suggestion de leur existence, une épaisseur, une cohérence amusante à l’ensemble. Après quelque temps, nous nous sommes retrouvés avec une vingtaine de petits textes allant de quelques lignes à une page. Par boutade, j’ai décidé d’en faire un petit bouquin : une plaquette de 24 pages - achevé d’imprimer compris - que j’ai sortie sous le titre de Romans. Nous l’avons complaisamment diffusée autour de nous et nous avons été les premiers surpris de constater que, finalement, les gens accrochaient. J’avais été jusqu’à annoncer Romans comme «les nouvelles aventures de Coolter et Quincampoix», et chaque page de cette plaquette se présentait comme un extrait de roman naturellement fictif. Plusieurs lecteurs m’ont alors demandé où il était possible de se procurer d’autres aventures de Coolter et Quincampoix. Il ne nous restait plus qu’à les écrire. C’est comme cela que nous avons créé la collection Ténèbres & Cie, qui en est à son septième volume.
- Aujourd’hui, plusieurs écrivains amateurs ou non s’essaient à cet univers de ces enquêteurs de l’étrange. Quel regard as-tu par rapport à cela et est-ce qu’ils font appel à ta collaboration ou les laisses-tu entièrement libre dans l’écriture? C’est vrai, le plus intéressant dans l’histoire est sans doute que ces personnages, conçus à l’origine comme des alter ego littéraires, nous ont totalement échappé ! En fait, la collection fonctionne depuis le départ de façon très simple : si l’ambiance plaît au lecteur, libre à lui de reprendre les personnages ou d’en inventer d’autres et de nous proposer ses textes. Le volume 6 en était déjà l’illustration puisque trois nouveaux auteurs nous ont rejoints pour l’occasion : Philippe Dougnier, Philippe Gontier, et Jonas Lenn. Jonas Lenn a ensuite signé le roman intitulé La Spirale de Lug, auquel il s’apprête à donner une suite : Captifs de Terroma. C’est bien sûr très gratifiant et souvent assez étonnant de voir un personnage qu’on a inventé prendre vie sous la plume de quelqu’un d’autre. Ce qui est plus étonnant encore, c’est de voir par exemple comment quelqu’un comme Jonas Lenn a su - tout en reprenant très consciencieusement nos tics d’écriture - emmener Coolter et Quincampoix sur des voies qui leur étaient jusqu’alors relativement étrangères (à commencer par celle du roman!), tout en conservant à leur univers le ton que nous avions souhaité lui donner. Mais la même chose nous est arrivée lorsqu’il a été question d’illustrer La Spirale de Lug et de donner un corps et surtout un visage à nos personnages. Aussi curieux que cela puisse paraître, la représentation de Coolter et Quincampoix a tout d’abord posé problème. Non pas à l’illustrateur, Sylvain Chevalier (qui en a vu d’autres), mais aux initiateurs de la série. Dès le départ, nous étions convenus d’un dogme : Coolter et Quincampoix ne sont jamais décrits avec précision, afin de laisser à chacun le soin de se les représenter à sa guise. C’est là l’un des seuls dogmes formels de la collection. On sait toutefois que le duo fonctionne selon le principe éculé mais somme toute efficace du contraste : Quincampoix est plutôt «enveloppé» et de taille moyenne, et Coolter apparaît comme grand et mince. Quincampoix est d’un naturel réservé, tandis que Coolter semble plus impulsif. Quincampoix porte souvent des petites lunettes rondes et toujours la moustache. Coolter affectionne la redingote, parfois jusqu’au monocle. Il était bien évident que ce dogme - destiné en fait aux auteurs écrivains - finirait par poser problème le jour où nous viendrions à travailler avec un illustrateur issu de la BD, comme c’est le cas de Sylvain Chevalier. Quoi de plus frustrant finalement pour un illustrateur que de se voir demander de ne pas représenter ses personnages ? Un premier essai nous a vite convaincus qu’il était inutile de tenter par des subterfuges tels que les ombres chinoises, d’éviter le problème. La décision était prise, nous allions donc tenter de représenter Coolter et Quincampoix ! Moment historique pour les habitués de la collection. Sylvain Chevalier nous a donc demandé de compléter la description succincte que nous lui avions faite et il s’est mis au travail. On éprouve un sentiment étonnant et assez indéfinissable à contempler enfin, et pour la première fois, des personnages qu’on a créés depuis quelques années déjà. C’est ce qui nous est arrivé lorsque nous avons vu ces croquis. C’est déjà d’une certaine façon ce que nous avions ressenti en lisant les textes parus dans le volume 6 de la collection, mais bien évidemment (et les auteurs du volume ne m’en voudront pas si je dis cela) cette représentation physique, de par son immédiateté, sa précision, a quelque chose d’incomparable. En fait, et sans forfanterie aucune, l’étonnante facilité avec laquelle Sylvain a su, en quelques jours, capter l’essentiel de la personnalité de ces deux personnages et retranscrire le tout sur le papier, n’a d’égale que l’aisance avec laquelle Jonas Lenn a su faire de même par l’écriture. Bref, tout cela augurait bien de la suite. Inutile de dire que le résultat final ne nous a pas déçus. Que dire d’autre sur l’univers de Coolter et Quincampoix ? Un point important, sans doute : Ténèbres & Cie n’a pas vraiment pour ambition de rendre compte de son époque (d’autres font cela bien mieux que nous). Au contraire, l’univers dans lequel évoluent les personnages, s’il n’est pas absolument uchronique, est toutefois légèrement décalé par rapport au nôtre. Plus exactement : il demeure difficile à dater avec précision. C’est ce qui nous fait dire que la série peut se définir comme du steampunk à la française : les allusions trop précises qui circonscriraient le récit à une époque trop déterminée sont à éviter, mais rien n’empêche d’évoquer un objet ou une technique pour son côté anecdotique. Il est également possible de jouer sur le contraste typiquement steampunk entre une technologie assez avancée et les objets à l’esthétique relativement désuète à travers lesquels elle est mise en pratique. Dans les récits de ce type, l’esthétique en question est généralement Art Nouveau (Cf. la préface de l’anthologie du regretté Daniel Riche Futurs antérieurs, ou plus récemment celle de l’anthologie d’André-François Ruaud Passés Recomposés) tandis que pour Ténèbres & Cie, nous empruntons surtout notre esthétique aux années 1930 à fin 1950. C’est ce qui me fait dire que nous écrivons en fait du gazopunk… du steampunk dont l’action se déroule à l’époque des voitures à gazogène ! Pour en avoir une idée plus précise… il suffit de regarder n’importe quel épisode de la série T.V. Maigret avec Bruno Crémer ! L’I.E.A, L’Institut d’Ethnocosmologie Appliquée, est souvent le lieu de départ du récit, dans la mesure où les personnages sont fréquemment des enquêteurs missionnés par cette organisation. Les deux personnages principaux de la série sont donc Isidore Quincampoix et John Coolter. Le premier est français - ou du moins francophone - et le second est d’origine britannique. Le duo pourrait se définir comme un subtil mélange entre d’une part Blake et Mortimer, et d’autre part Bouvard et Pécuchet ! D’autres influences ? Ténèbres & Cie c’est un peu aussi Jules de Grandin, John Silence, Holmes et Watson, Hesselius, Van Helsing, Pretorius, Doc Savage, Caligari, Mabuse, Juve et Ménardier, West et Gordon, Harry Dickson (ou Dick Hérisson), Adèle Blanc-sec…
- Tout cela crée un vrai mythe autour des personnages au point que tu as développé un site entièrement consacré à l’I.E.A. Comment envisages-tu la suite des événements ? Va-t-il s’étoffer ? Oui ! En fait, un infographiste est en train - à temps perdu naturellement - de recréer à partir de zéro le petit site web que j’ai bricolé pour Coolter et Quincampoix à www.i-e-a.info et dont le côté artisanal, s’il a pu avoir son charme, a aussi ses limites. À visiter régulièrement dans les mois qui viennent pour ne pas manquer le changement !
- Penses-tu faire un jour un recueil qui regrouperait l’ensemble de ces micro-nouvelles? C’est possible, en effet, lorsque les premiers volumes de la collection seront épuisés. Ceci dit, les aventures de Coolter et Quincampoix sont le plus souvent des récits très courts qui s’accommodent assez bien de ces petits formats, qui pourraient aussi être tout simplement réédités en tirage à la demande. Nous verrons.
- Écris-tu d’autres choses ? Pas en ce moment, non, même si ce ne sont pas les idées qui manquent. Il faut que je m’y remette, c’est vrai.
- La Clef d’Argent publie donc de nombreux textes et auteurs de fantastiques. Lovecraft et Clark Ashton Smith sont très vivement représentés dans les parutions. Sont-ce des auteurs que tu affectionnes particulièrement ? Lovecraft représente le premier grand choc littéraire de mon adolescence. D’autant plus que lorsque je l’ai lu pour la première fois, quand j’avais quatorze ans, je n’en avais jamais entendu parler. Ce n’est donc pas le personnage de Lovecraft, déjà grandement mythifié à l’époque, qui m’a attiré, mais ce qu’il écrivait. Le premier texte que j’ai lu de lui est sa nouvelle La couleur tombée du ciel. Là encore, ce n’est pas l’un de ses textes les plus connus. En tout cas, il ne fait pas partie de ceux qu’on cite spontanément quand on songe à Lovecraft et au Mythe de Cthulhu. Pourtant La couleur tombée du ciel est sans doute l’une de ses réussites majeures quant à l’ambiance. Les comparaisons sont toujours délicates et déplacées en pareil cas, mais on pense naturellement à Poe, à Blackwood, à Machen. Il y a quelque chose de terriblement présent, de terriblement réel dans la menace incompréhensible qui plane au-dessus de cette ferme de Nouvelle Angleterre que Lovecraft décrit tout au long du récit. Et cette présence, la crédibilité de ce bouleversement du réel que Lovecraft parvient à atteindre, vient de ce qu’il arrive à bouleverser intimement le lecteur, à activer en lui certaines réactions très personnelles, à les faire fonctionner à son profit. C’est un sentiment relativement partagé comme j’ai pu le constater en discutant avec d’autres lecteurs. C’était d’ailleurs le but avoué de Lovecraft et en cela il a pleinement réussi, même si vers la fin de sa vie il semblait remettre sérieusement en doute ses qualités d’écrivain, notamment en raison de refus répétés de certains de ses manuscrits. Lovecraft, c’est aussi quelqu’un qui a orienté un pan entier de la littérature d’imagination américaine vers une direction toute nouvelle. Il a su conserver certains archétypes fondamentaux du récit fantastique traditionnel, tout en les abordant d’une manière résolument contemporaine, en leur appliquant ce matérialisme mécaniste qui était le fondement de sa philosophie personnelle. Le résultat a influencé de façon durable l’imaginaire anglo-saxon. Il est difficile d’imaginer ce qui se serait passé s’il n’était pas mort si jeune. Certains s’y sont essayés, notamment Roland C. Wagner dans son irrésistible et émouvant Howard Phillips Lovecraft (1980-1991) où on voit Lovecraft devenir au fil du XXe siècle un auteur majeur de la SF américaine aux côtés de Heinlein et Asimov. Lovecraft, c’est également un des grands épistoliers anglophones du XXe siècle. Non seulement en quantité, mais aussi en qualité. On cite volontiers le concernant le chiffre de quatre-vingt mille lettres, mais on oublie parfois de préciser que ces lettres manuscrites comptaient souvent plusieurs dizaines de pages et que, presque dépourvues de ratures, elles n’ont rien à envier dans leur structure, dans l’élégance de leur formulation, à des dissertations. L’humour en plus. Lovecraft, c’était enfin, à en croire les nombreux témoignages de ceux qui l’ont côtoyé, quelqu’un de très généreux sur le plan humain. Très éloigné en tout cas du personnage rigide de réactionnaire haineux, viscéralement attaché au passé, qu’il a plus ou moins laissé donner de lui dans sa jeunesse. Il y a quelques années, le documentaire d’Anne-Louise et Pierre Trividic, Le Cas Lovecraft, abordait justement ce problème : la fascination du passé chez Lovecraft semblait aller de pair avec sa fascination pour l’étrange et allait au-delà d’une simple attitude réactionnaire. Le Cas Lovecraft est très controversé parmi les spécialistes de Lovecraft, pour de nombreuses raisons qu’il serait un peu long d’exposer ici, mais en ce qui concerne cet aspect précis de la personnalité de Lovecraft, ce documentaire a le mérite d’aborder les choses de façon relativement novatrice. Il met notamment en évidence le fait que le passé, pour Lovecraft, n’est pas tant en soi un état idéal à reconquérir, qu’un point de comparaison qui permet de juger du présent (jugement qui s’apparente chez lui, c’est vrai, à une condamnation sans appel). Si Lovecraft, enfant, se passionne pour le XVIIIe siècle c’est bien sûr parce que le grenier de la maison de son grand-père Phillips est rempli d’ouvrages datant de cette époque, et qu’il trouve là un refuge commode pour échapper au monde mais aussi et surtout à une mère omniprésente qui, quelques années plus tard, sombrera définitivement dans la folie. C’est aussi, un peu, parce que ce XVIIIe siècle qu’il «possède», enfermé entre les pages de ces vieux ouvrages poussiéreux ne «bougera plus» : il est terminé, figé à jamais. On peut compter sur lui. Pas comme ce XXe siècle moderne qui s’annonce polymorphe et instable et qui menace de bouleverser les valeurs fragiles sur lesquelles sa petite famille s’est construite sous l’impulsion morale et financière du patriarche. Mais cet intérêt qui ne se démentira jamais tout au long de son existence lui vient aussi et surtout du fait qu’il voit dans ce siècle une époque relativement homogène, où chaque culture humaine est encore relativement distincte des autres. Or, il aura toute sa vie le sentiment que pour donner un semblant de cohérence - et d’intérêt - à cette chose absurde et grotesque qu’est pour lui l’existence, il convient de faire durer, artificiellement et en toute connaissance de cause, un ensemble de valeurs communes que tout mélange, toute hybridation menace de faire effondrer. C’est très particulier comme façon de voir les choses, je crois que c’est le moins qu’on puisse dire, et cela va le mener à des excès condamnables. Mais c’est très loin de la pensée réactionnaire telle qu’on la définit généralement et telle qu’on voudrait la lui appliquer de façon un peu schématique. Il suffit de lire les lettres qu’il écrit à partir des années 1930 pour s’en convaincre, ainsi que les nombreux essais que S.T. Joshi a fait paraître aux États-Unis sur Lovecraft. Lovecraft Remembered, un recueil de témoignages de ses proches et amis, est aussi indispensable pour s’affranchir des préjugés qui existent encore sur le prétendu ermite de Providence. Mais tout cela n’est pas encore traduit en français, hélas (quoique, pour certains titres, il se pourrait… :-) Quant à Clark Ashton Smith, c’est le deuxième grand choc littéraire de mon adolescence. J’ai tout d’abord découvert son existence grâce à la correspondance de Lovecraft que Francis Lacassin avait fait paraître en 1978 chez le regretté Christian Bourgois, puisque Lovecraft et Smith on correspondu jusqu’à la mort de Lovecraft. J’ai ensuite tenté de trouver certaines de ses nouvelles, notamment dans les anthologies J’Ai Lu de Jacques Sadoul consacrées aux pulps, la fameuse collection des Meilleurs récits de… Puis, j’ai eu la chance d’assister en direct à la publication de l’intégrale de ses contes est nouvelles fantastiques aux éditions NéO, dont je guettais chaque nouveau volume à la fnac de Dijon, au rayon F/SF où je passais alors un temps déraisonnable. Smith est aussi à sa manière, très différente de celle de Lovecraft, quelqu’un qui a durablement influencé la littérature d’imagination aux États-Unis. Des auteurs comme Fritz Leiber, Ray Bradbury ou Jeff VanderMeer reconnaissent avoir été durablement influencés par son oeuvre, même s’ils s’en sont naturellement démarqués par la suite. Le fait que Smith soit venu à l’écriture par la poésie, et qu’il n’ait commencé à écrire des contes fantastiques que tardivement, donne à ces récits un caractère très particulier. Soucieux d’euphonie, d’assonance, de rythme, comme bien peu d’auteurs de pulps pouvaient l’être à son époque, Smith a livré avec L'empire des nécromants, Morthylla, Les abominations de Yondo, des contes inoubliables, inclassables, sans équivalent dans ce qu’on n’appelait pas encore la dark fantasy. On se rend compte d’ailleurs que Smith n’abordait pas l’écriture de ses nouvelles fantastiques d’une manière sensiblement différente de celle qu’il adoptait pour la poésie, et notamment pour ses poèmes en prose. Tout cela fait de Smith un auteur passionnant dont on n’a jamais fini d’explorer l’oeuvre. En dehors de ses poèmes prose (que nous proposons en traduction française sous le titre Nostalgie de l’Inconnu) et de son oeuvre culte, Le mangeur de hachisch (disponible également à La Clef d’Argent !), les oeuvres de Smith sont épuisées en français. On peut pourtant trouver d’occasion, en bon état et à des prix souvent raisonnables, la plupart de ses recueils de nouvelles chez des bouquinistes en ligne. Et on aurait tort de s’en priver
- NoKhThys est une nouvelle collection que tu viens de créer pour publier deux auteurs complètement décalés, Nihil Messtavic avec Le Crachoir du Solitaire ou encore récemment Christophe Lartas avec Saturne. Que signifie ce nom et qu’est-ce qui a motivé ton intérêt pour ces deux auteurs ? Poètes à l'âme obombrée par la Ténèbre, philosophes noirs, chroniqueurs de la Nocturne et hagiographes du Néant : telle est la sombre cohorte des Enfants de NoKhThys... et telle est la devise officielle de la collection, puisqu’elle a pour ambition de recueillir récits atypiques et contes noirs. NoKhThys c’est donc peut-être - comment savoir ? - la muse des poètes maudits.
- Bonjour Vedma. Merci d’intervenir car c’est toi qui a découvert Nihil Messtavic et l’a traduit. Raconte nous cette fabuleuse «rencontre». Bonjour, tout s'est un peu fait par hasard. Je travaillais et étudiais pendant un séjour en Pologne, à un poste ennuyeux qui me laissait beaucoup de temps pour errer ci et là, au milieu de livres dans des pièces laissées à l'abandon. C'est alors que j'ai fait la découverte de cette malle remplie de feuilles presque illisibles, réunies ou non en recueils.
- N’est-il pas difficile de traduire un auteur aussi noir et torturé ? De plus il écrivait dans plusieurs langues. J’imagine que le travail a été long. Là où la plupart des gens voient en Messtavic un auteur sombre et torturé j'y vois un penseur tout simplement lucide et résigné à voir ce qui est. Comme je partage assez sa pensée, tout se passe bien. En ce qui concerne la traduction à proprement parler, quelques amis m'aident lorsque je rencontre des difficultés. Je me suis surtout employée à numériser le plus facile d'abord (ce qui était en français et le plus facilement lisible) puis m'emploie au plus difficile petit à petit. La finition du travail est fastidieuse elle aussi. D'ailleurs je tiens à saluer l'aide de Philippe Gindre pour l'élaboration du Crachoir du solitaire.
- Tu as un site sur lequel d’autre textes sont librement publiés. Mais envisages-tu de renouveler l’expérience éditoriale en publiant d’autres recueils ? Oui tout à fait. Nous allons certainement publier un recueil de nouvelles avec La clef d'argent. Pour le reste je ne sais pas encore, les éditeurs sont en règle général frileux quant à ce genre d’œuvre...
- Quel est selon toi le public du Crachoir du solitaire ? Je dirai que ce livre devrait plaire à ceux qui apprécient Schopenhauer, Cioran, Caraco, Klima ou encore Nietzsche. Ceux qui se sentent proches des pensées dites sceptiques, pessimistes, nihilistes ou encore solipsistes devraient apprécier, mais pas seulement eux. Le crachoir du solitaire est en quelque sorte le point central de la pensée de Messtavic, je pense que même ceux qui ne partagent pas les courants de pensée que j'ai cités au-dessus devraient apprécier car cela reste une philosophie objective qui pourrait même intéresser les non initiés : il est très facile d'approche de par sa forme en aphorismes et ses idées clairement exposées, sans vocabulaire ésotérique. Certains acheteurs m'ont contactés via le Myspace que j'ai créé ou par mail. Il y en a qui viennent du milieu Black Métal dont les thèmes sont finalement assez proches de la philosophie de Messtavic, mais sinon il n'y a pas trop de lecteur type.
- Depuis que le livre est paru as-tu continué d’essayer de trouver des renseignements plus précis sur cet auteur? D’ailleurs son prénom était-il vraiment celui de Nihil ? Ce qui serait un prénom bien prémonitoire vis à vis d’un auteur aussi nihiliste. Je n'ai pas trouvé grand chose. Son prénom semble être un pseudonyme comme certains auteurs en prenaient autrefois. Je n'ai trouvé personne se prénommant ainsi, et ce nom de famille ne mène nulle part. J'ai bien envisagé que c'était là un anagrame, pour un résultat aussi infructueux.
- Quels sont tes projets actuels ? Et que peut-on te souhaiter pour cette nouvelle année ? Je travaille actuellement sur un autre recueil de pensées de Messtavic et sur un recueil de nouvelles pour La clef d'argent.
- Merci Vedma et bonne chance pour cette prochaine publication. Merci à toi pour l'espace que tu nous offres sur ton site.
- Dans les autres parutions de la Clef on trouve le Club Diogène. Texte et dessins se mêlent très bien dans ces novellas installées au XIXe siècle. Il y a déjà deux tomes, est-ce que la série va continuer ? Et qu’est-ce que tu dirais à nos lecteurs pour la leur faire découvrir? Les récits qui composent cette série ont pour cadre le Paris de la fin du XIXe siècle et sont tous teintés à des degrés divers de fantastique. Ils mettent en scène une bande de noctambules désoeuvrés qui tentent, pour l’amour du mystère et pour tromper l’ennui, de résoudre les énigmes que leur propose Monsieur, le mystérieux initiateur de ces soirées de l’Étrange. Ce qui motive les membres de ce club dans leurs investigations - menées en tout bénévolat - c’est donc avant tout l’ennui, le cynisme et la jobardise. C’est d’ailleurs bien cet improbable mélange de mal de vivre fin-de-siècle et de burlesque qui donne son ton particulier au Club Diogène. Les nouvelles qui composent ce cycle tentent donc de ressortir simultanément de deux genres: le fantastique et le récit historique, le deuxième n’étant jamais simple prétexte à introduire le premier. Mais le plus important est sans doute que les auteurs, Stéphane Mouret et Jérôme Sorre, ont d’ores et déjà décidé de laisser vieillir leurs héros: un cycle en sept saisons a été planifié, qui s’étalera de 1871 à 1914 (puisque telle est la date qui, avec 14 ans de retard, sonne véritablement le glas du XIXe siècle). Les deux premiers volumes parus ne font en fait que débuter la première saison: des dizaines de récits sont écrits, des dizaines d’autres suivront ! Pour cette raison, il n’était plus raisonnable de poursuivre au rythme actuel. Il a donc été décidé de continuer la publication des aventures du Club sous forme d’un journal intitulé L’Écho du Tonneau dont la périodicité sera, si tout se passe bien, mensuelle. De cette façon, les lecteurs, à la manière de leurs prédécesseurs du XIXe siècle, pourront suivre en feuilleton les aventures de leurs héros. L’Écho du Tonneau sera bien évidemment illustré, comme c’était déjà le cas pour les deux volumes de la série originale, par l’étonnant Fernando Goncalvès-Félix. Je crois que le succès du Club doit beaucoup, comme tu le dis, au fait que les dessins de Fernando «fonctionnent» particulièrement bien avec les textes qu’ils accompagnent. Quelque part entre les Idées noires de Frankin et les Petits contes noirs des frères Le Gall, avec cette patte inimitable et intemporelle qui fait tout leur intérêt. (A l'heure ou nous publions cette interview, nous apprenons que Vilaines Romances, deuxième tome du Club Diogène, est sélectionné dans la catégorie "Nouvelles" du prix Masterton.)
- Philippe, peut-on terminer par tes projets de publication ? Sans être superstitieux, j’hésite toujours à annoncer les projets. Comme cela, en cas de retard (ce qui peut toujours arriver), personne ne s’en aperçoit. :-) Tout de même, et plus sérieusement, on peut dès maintenant annoncer que les nouvelles collections créées l’an passé à l’occasion du 20e anniversaire vont naturellement s’étoffer. Je pense notamment à Satanachias et autres contes, de Christophe Lartas, qui sera le 3e volume de la collection NoKhThys. D’autres recueils sont déjà sélectionnés pour la collection KholekTh dont je parle plus haut, mais il est un peu tôt pour en parler. Lionel Dupuy prépare un essai sur le comique chez Jules Verne, pour la toute petite collection KhRhOn dont la devise est «Le tour de la question en moins de 50 pages», et dans le cadre de laquelle nous avons réédité l’essai de Jean Marigny Les mondes perdus de Clark Ashton Smith en fin d’année dernière. Dans la collection KhThOn (la même, mais en plus grand !), paraîtra Lovecraft, sous le signe du chat, un essai de Boris Maynadier. Une collection dédiée aux romans verra le jour également (le titre est à l’étude) et débutera par le roman de Gilles Bailly Malbosque. Il y aura d’autres choses aussi, mais là encore c’est un peu tôt pour en parler.
- Merci Philippe pour toutes ces informations qui nous ont fait découvrir une maison d’édition tout à fait sympathique et qui mérite d’être soutenue pour son initiative novatrice mais aussi d’entretien du patrimoine littéraire en publiant d’anciens auteurs oubliés qui par tes démarches revivent un peu parmi nous. Je te souhaite une très bonne continuation. Merci à toi ! Maintenant que je connais cette bonne adresse, je vais revenir régulièrement.
Propos reccueillis par Erwelyn (Janvier 2008)
(La Clef d'Argent -Ténèbres et Cie, n° 1)
(La Clef d'Argent -Ténèbres et Cie, n° 6)
article dans la revue Le Boudoir des Gorgones, n° 9
De multiples articles et traductions notamment de H.P Lovecraft
2008 Codex Altanticus 17 en juin
Le Club Diogène : Vilaines romance - Moret & Sorre
Vilaines romances fait suite à Chef d'oeuvre, premier tome du Club Diogène. Mais il peut se lire indépendament. Un péché presque de chair : Vayec
apprend à ses dépens qu'on ne courtise pas impunément une prostituée fantôme,
surtout si son ancien amant était un marin au long cours. Erwelyn Coolter & Quincampoix - Philippe Gindre, Jonas Lenn & Cie
Qui sont Coolter et Quincampoix ? Deux personnages sortis de
l'imagination de Philippe GIndre et qui au fur et à mesure de
leurs aventures sont engendrés par divers autres auteurs, qui, par leurs écritures propres
viennent enrichir cet univers particulier. Erwelyn
Le crachoir du solitaire - Nihil Messtavic (traduit par Vedma Nàdasty)
Ce petit recueil de pensées intimes est grand par son intensité. On ne sort pas indemne de ce genre de réfléxions plus pessimistes les unes que les autres. Rien ne semble procurer d'excuse à la vie. La mort prévaut et par elle la libération de l'individu. Seule la mélancolie, le pessimisme, le désespoir et l'égoïsme semblent avoir l'indulgence de l'auteur. La solitude est l'unique situation à adopter pour ne pas se faire leurrer. Par le rêve ou l'imagination, il est aussi possible de s'extraire d'un monde de mensonges. Voilà se que pense Nihil Messtavic. Son prénom n'est pas d'un moindre intérêt tout nihiliste qu'il est.
Erwelyn
Christian Hibon - Site officiel Le livre de Jonas (Blog de Jonas Lenn) Nihil Messtavic - Site officiel
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