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Estelle Valls de Gomis
Née le 6 octobre 1973, Estelle Valls de Gomis écrit depuis sa plus tendre enfance mais c'est en 1998 qu'elle commence à produire des textes dans des revues d'amateurs d'abord, puis professionnelles. En 2003, alors qu'elle vient d'obtenir son doctorat d'anglais, de littérature fantastique et de traduction, elle reçoit le premier prix 2003 de la nouvelle victorienne pour Un cigare pour Manfred. Passionnée de littérature et d'art du XIXe siècle, Estelle crée en 2003 le fanzine Le Calepin Jaune pour suivre les traces de Bram Stoker, Oscar Wilde, Théophile Gautier ou encore Joseph Sheridan Le Fanu. En 2007, cette aventure se poursuit logiquement vers la création d'une maison d'édition reprenant le même nom que son fanzine. Elle s'intéresse aussi à la photo et au web design et illustre elle-même ses oeuvres. En 2004, elle reçoit l'ArtMajeur Silver Award pour son site Count Vardalek's Manor et développe de nombreux autres sites pour elle ou pour les autres. En parallèle de son travail, Estelle fait beaucoup de traduction et de correction pour diverses maisons d'éditions. Sa nouvelle Circé ou la malédiction du Déméter vient de recevoir le prix Merlin. Cette jeune femme aux multiples facettes préserve néanmoins tout son mystère et je la remercie de bien avoir accepté de se dévoiler un peu pour la présente interview.
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- Bonjour Estelle. L’année 2007 est la concrétisation de plusieurs projets : Le Calepin Jaune, revue que tu diriges, devient aussi une maison d’édition où tu publies ton dernier livre les Gentlemen de l’étrange. Et ta nouvelle Circé et la malédiction du Déméter, parue chez les éditions Nuit d’Avril, vient de recevoir le prix Merlin. Comment se sent-on lorsque les choses aboutissent aussi favorablement ? Bonjour Erwelyn. Pour le Prix Merlin ça ne dépend pas de moi, donc c’est une véritable récompense décernée par les lecteurs et qui prouve que ce que j’écris leur plaît, c’est donc très gratifiant. Sinon, la création de la maison d’édition, c’est un projet que j’avais en tête depuis longtemps, donc c’est assez différent : c’est bien que ça ait abouti mais c’est plutôt une chose auto-motivée qu’une récompense ou une réussite, ça peut se gripper facilement à cause de facteurs qui peuvent être très indépendants de nous. Je vais attendre de voir ce que ça donne sur le long terme pour me prononcer, pour l’instant disons qu’au niveau littéraire et artistique c’est déjà une belle chose.
- Comment est née l’idée du fanzine Le Calepin Jaune et quelles sont les influences qui définissent le choix des nouvelles publiées ? Fais-tu des appels à textes ? De ma passion pour le XIXe siècle. A l’époque de la création du fanzine, en 2003, je venais de recevoir un prix pour une autre de mes nouvelles (qui est elle parue dans Les Gentlemen de l’Etrange) décerné par le Centre de Recherches Holmesiennes et Victoriennes (CRHV), une association qui faisait des choses très sympathiques. J'avais également obtenu une publication dans Le Boudoir des Gorgones, un très bon fanzine XIXe, et ça m’a encouragée à concrétiser cette passion pour cette époque dans une petite revue : je connaissais assez bien les vraies revues de ce temps, comme le Yellow Book (dont notre nom est tiré) ou La Plume pour savoir que de nombreux auteurs et illustrateurs du XIXe avaient contribué à leur succès et vice-versa et j’ai eu un peu envie de ressusciter ce concept tout en faisant quelque chose de différent des autres fanzines actuels axés sur ce thème. En plus le CRHV venait de fermer ses portes et j’étais triste qu’un projet XIXe s’éteigne, donc j’en ai fait naître un autre et voilà comment, par la suite, on a rencontré plein de nouveaux auteurs et artistes qui étaient également attirés par cette époque. Le choix des nouvelles est fait selon deux critères principaux : 1) il faut absolument que ça se situe au XIXe siècle au moins en partie et 2) il faut que ce soit du fantastique (ou du steampunk, ou de l’uchronie etc.). Ensuite évidemment on regarde le talent des auteurs et l’intérêt de leurs textes au niveau du sujet et de la manière dont il est traité, puis on fait également attention que ça puisse plaire à un large lectorat, pas seulement à nous. On ne fait pas d’appels à textes en dehors des hors-séries ou des numéros spéciaux (on a eu un spécial "vampires" et un spécial "pin-ups" et un hors-série horreur des années 1950), il n’y a pas de thèmes précis.
- Tu illustres souvent tes textes ainsi que ceux des autres et surtout tu réalises les couvertures du fanzine. Comment expliques-tu ce besoin de conjuguer les arts et envisages-tu un jour de nous offrir un album de tes meilleures planches ? En fait, outre que ça me plaît d’illustrer la revue, ça revient moins cher lorsque je m’en charge (c’est tout bête mais de la sorte nous économisons les exemplaires d’auteurs et les frais postaux) et c’est en général plus facile à coordonner que si nous multiplions les illustrateurs dans un même numéro. Mais nous avons souvent des couvertures réalisées par d’autres artistes, histoire de ne pas lasser les lecteurs ou de ne pas ‘forcer’ ceux qui ne sont pas fans de mes images : nous avons travaillé avec Natalie Shau, Natalia Pierandrei, Michelle Bigot, Dorian Machecourt et d’autres artistes. Personnellement j’aime autant varier les illustrateurs, mais financièrement, comme je te le disais, c’est plus simple si c’est souvent moi. Par contre, j’aime beaucoup me charger des illustrations et pour en venir à ta question, c’est vrai que j’aime illustrer autant qu’écrire : l’idéal c’est lorsque j’illustre mes propres textes. Bref oui, je planche sur un album de mes illustrations et je cherche justement un éditeur que ça intéresserait. J'en ai également un de prévu chez Le Calepin Jaune Editions fin 2008, mais disons que c’est un peu facile si je publie uniquement dans ma propre maison d’édition, donc je continue à chercher d’autres éditeurs pour mes divers projets de «livres d’images».
- Qu'est-ce qui a motivé l’extension de la revue vers la création d’une maison d’édition ? L’envie et deux ou trois petites expériences peu agréables avec certains éditeurs. Ceci dit, il y a des éditeurs infects mais il y a aussi des auteurs infernaux, on s’en rend facilement compte lorsqu’on fait l’expérience des deux côtés de la barrière. Mais d'abord, publier - sans subir contrariétés et contraintes éditoriales extérieures à mon univers - certains ouvrages que j’avais dans mes tiroirs (comme Les gentlemen de l’Etrange et Horizon Motel), ensuite le désir de faire de beaux livres de qualité, tant dans le contenu que dans l’esthétique, et surtout dans des domaines qui ne sont pas forcément très représentés chez les éditeurs de l’imaginaire. Donc faire beau, original et éclectique. Et puis donner leur chance à des auteurs ou artistes ( comme des illustrateurs ou des photographes : par exemple Natalia Pierandrei ou Shannon Brooke que j’ai à l’œil depuis longtemps) dont j’apprécie le travail et qui n’ont pas toujours l' opportunité de se faire connaître, tout en leur assurant que, même s’ils ne feront pas fortune chez nous – pour le moment – ils auront au moins de la promo et l'occasion d’être lus en éditant des livres qui leur sont entièrement consacrés.
Le fait que le fanzine se soit «ouvert» à l'édition, c’était en germe depuis le début. Mais je ne créais rien parce que je pensais qu’il fallait absolument être une SARL avec des apports de fonds conséquents. Puis quand j’ai vu qu’on pouvait rester une association (de fauchés) et financer l’impression des ouvrages et la rémunération des droits d’auteurs grâce aux souscriptions, je me suis lancée. C’est assez aléatoire car nous ne croulons pas non plus sous les pré-commandes (heureusement que nous avons quelques irréductibles lecteurs qui nous soutiennent à chaque parution, et je leur adresse d’ailleurs mille merci au passage, ils et elles se reconnaîtront, parce que si les livres voient le jour, c’est autant grâce à eux que grâce à nous et aux auteurs), mais ça nous permet tout de même de sortir les livres en quantité suffisante pour les personnes qui y souscrivent et pour assurer les petites commandes des libraires, qui, elles, ensuite, financent les réimpressions.
- Tu as un calendrier de publications ambitieux courant jusqu’en 2009. Avec des ouvrages qui sont ou seront autant de beaux livres-objets que de textes de fiction. Ecritures, photos, illustrations, ne penses-tu pas que ce mixte des genres et des supports posera des difficultés de visibilité dans des rayonnages au classement souvent et tristement très carré ? Disons qu’il faudra que les libraires qui nous soutiendront s’habituent à disposer nos ouvrages autant au rayon "photographie" ou "art" que dans le rayon "fantastique/SF/fantasy", et même en "littérature générale". Enfin, c’est aussi à nous lorsque nous prenons les contacts de nous adresser directement au chef de rayon concerné pour chaque ouvrage. Mais en gros, chaque livre a une orientation principale bien définie qui devrait permettre un classement facile même sans notre intervention : par exemple le livre de Cyprien Bouton, Corsets et Crinolines (qui est superbe, je viens de recevoir l’exemplaire du test d’impression), est un livre de fantastique, mais il est avant tout extrêmement érotique, il sera donc placé au rayon "ouvrages érotiques".
- Ton dernier roman, les Gentlemen de l’étrange est un magnifique hommage aux figures littéraires emblématiques de la fin du XIXe siècle ainsi qu’aux romans-feuilletons de la même époque. Quels sont les auteurs et les genres qui motivent et influencent ton écriture ? Merci. Mes influences principales sont les auteurs de fantastique du XIXe (Stoker, Gautier, Wilde, Maupassant...), quelques auteurs de littérature comme Colette ou Bukowski, et quelques poètes comme Blake, Coleridge, Jim Morrison etc. Mais disons que pour la majeure partie de mes écrits, c’est du XIXe et du fantastique en prose, même si j’ai toujours trimballé quelques histoires de fantasy et d’autres qui sont plus modernes mais que je n'arrive en fait jamais à terminer, j’ai un peu de mal avec l’époque actuelle.
- Et si on parlait "vampires" ? Tu as écrit une thèse sur eux et ces êtres légendaires ponctuent régulièrement tes histoires quand ils n’en sont pas les principaux personnages. En quoi t’inspirent-ils autant ? Nous nous portons une admiration et un respect mutuel si je puis dire. On se côtoie depuis l’enfance, comme c'est le cas avec pas mal de sujets qui m’inspirent d’ailleurs, bref, nous sommes de vieux amis qui arrivent quand même toujours à se fasciner.
- Ta nouvelle Circé et la malédiction du Déméter vient de recevoir le prix Merlin. Plus empreinte de mythologie que de fantastique elle s’ajoute merveilleusement aux textes homérides sur l’Odyssée déjà existants. Une autre source d’inspiration ? Oui, quand j’étais petite je regardais beaucoup le dessin animé mythologico-SF Ulysse 31, et ça m’avait conduit à lire beaucoup d’ouvrages sur le sujet, il y en avait de très beaux, illustrés, destinés aux enfants et disons que je dévorais toutes ces histoires de héros et de dieux Grecs. J’avais aussi des livres sur la mythologie égyptienne et j'étais fascinée par les indiens d’Amérique que je voyais représentés dans des séries (Sur la piste des Cheyennes avec Kurt Russel par exemple… je crois que ça s’appelait comme ça) ou des films. J’aimais bien les chevaliers aussi, le Moyen Age, les civilisations antiques... J’étais aussi fan du dessin animé Il était une fois l'Homme (ça passait sur la 3 et ils avaient ensuite enchaîné avec Ulysse 31 d’ailleurs) et de fait, les dessins animés éveillaient ma curiosité et quand mes parents ou mes grands-parents voyaient que tel ou tel sujet m'intéressait, je recevais les livres ad hoc. Comme quoi "tous les chemins…". Pour en revenir à L’Odyssée d'Homère, Ulysse a toujours été mon personnage mythologique favori, on le voit d'ailleurs dans une autre de mes nouvelles, Derrière le mur, parue dans mon recueil Le Cabaret Vert. J’avais même prévu d’écrire un roman sur Ulysse et c’est toujours dans un coin de ma tête. En pensant à Ulysse j’ai finalement eu une idée pour écrire sur son fils Télémaque, et finalement j’ai dérivé sur un tout autre sujet de roman mais en gardant l’image du jeune homme que m’avait inspirée Télémaque.
- On remarquera là aussi le clin d’œil à Dracula. Le Déméter ne faisant ici aucunement référence à la déesse grecque du même nom mais bel et bien au navire que Dracula prend pour rejoindre l’Angleterre. Le mélange des genres s’est-il imposé de lui-même ? Exactement. Disons qu’Ulysse et Dracula étant deux figures majeures de mon panthéon personnel et que, l'histoire se déroulant sur un bateau, l’amalgame s’est fait de lui-même, je me suis dit : rendons hommage à Stoker et à Homère d’un même élan.
- La musique aussi est une source d’inspiration. Comment s’exprime-t-elle ? Quelqu’un comme Jim Morrison par exemple tient une grande place, je crois. Oui. En vérité je ne suis pas quelqu’un qui écoute beaucoup de musique… enfin, disons que j’en écoute et en ai écouté beaucoup, mais je n’ai pas tendance à mettre systématiquement de la musique à la maison, ni à en écouter lorsque j’écris ou que je dessine, parce que ça me déconcentre : la musique fait vagabonder mon esprit et je n’arrive plus à me focaliser sur ce que je fais. Je préfère à la limite avoir la télévision en fond sonore, même très bas ou sans le son, que de la musique. Je réserve la musique qu'aux moments exclusifs où je n’ai pas besoin d’être concentrée (dans les transports généralement). En fait la musique, que ce soit du clavecin ou du rock, influe sur mon imagination et sur mon humeur, donc lorsque j’en écoute, il me vient souvent des idées pour écrire, dans ce cas je prends des notes puis je rédige ultérieurement. Et effectivement, les Doors et Jim Morrison sont ce que je préfère écouter. Il y a une imagerie inhérente à Morrison, qui se dégage de ses chansons, de ses poèmes, des petits films qu’il a faits, de lui, et qui correspond parfaitement à une partie de mon imagerie personnelle. Il y a un vieux lien avec Morrison, comme avec Dracula, venu d’il y a très longtemps, et qui fait qu'avec eux, je me sens "comme chez moi".
- Tu vas publier prochainement le dernier recueil de Léa Silhol, Fovéa. Léa aussi fait partie de cet univers de références vampiriques. Je crois que ce prochain livre, plus intimiste est un vrai coup de cœur. Peux-tu nous en parler un peu plus ? Il faudrait en parler avec l’auteure, elle serait plus à même de dire quels sont les fondements de ce livre, le sens qu’on peut lui donner, etc. Moi je peux juste dire que c’est un beau recueil, fait de textes très différents les uns des autres, certains surprenants et inattendus, d’autres qui sont davantage dans le prolongement de la facette la plus connue de son écriture.
- Quels sont désormais tes prochains projets ? Une suite aux gentlemen par exemple ? Oui l’écriture en est déjà entamée et le livre devrait paraître début 2009 chez Le Calepin Jaune Editions. Sinon j’ai un recueil qui est en soumission chez plusieurs éditeurs en ce moment, on verra ce que ça donnera, peut-être rien, peut-être de bonnes et nouvelles collaborations fructueuses. Puis je suis dans l’écriture d’un roman qui se passe au XIXe siècle et que j’ai bien avancé (bon je ne "gratte" qu’un paragraphe ou deux par-ci par-là, faute de temps, mais c’est régulier depuis cet été donc le projet avance), et j’ai aussi un roman un peu bizarre et vaguement SF en cours plus deux ou trois projets qui dorment depuis quelques années et qui vont finir par se réveiller.
- Que peut-on te souhaiter pour l’année 2008 ? Pas de mal j’espère. En fait si j’arrive à continuer exactement comme ça avec Le Calepin Jaune Editions d’un côté et mes activités littéraires et artistiques de l’autre mais, en plus, en gagnant de quoi vivre décemment, ce sera parfait.
- Merci Estelle, c'est effectivement tout ce qu'on peut te souhaiter. Continue de nous enchanter de tes textes et de tes illustrations.
Propos reccueillis par Erwelyn (Novembre 2007)
2004 Cabaret vert (Nouvelles) 2004 Des roses et des monstres (Nouvelles) 2005 Fantastique, fantasy Science-fiction : mondes imaginaires, étranges réalités (Essai) 2005 Vampire, enquête autour d'un mythe (Essai) 2007 Gentlemen de l'étrange (Nouvelles) 2007 Horizon Motel Textes et photos (Le Calepin Jaune Editions) 2008 Vampires (Anthologie)
Autres publications 2001 Tire la bandelette et la chevillette cherra (Nouvelle publiée dans l'anthologie Momies d'Alain Pozzuoli) 2004 Turquoise (Nouvelle parue dans l'anthologie Les fées de Léa Silhol) 2005 Le baiser de la fée verte (Nouvelle publié dans l'anthologie Tatouage d'Alain Pozzuoli) 2007 Double, rouge, impair et passe... (Nouvelle publié dans la revue Monk n°1) 2007 Le manoir dans le cimetière (Nouvelle publiée dans l'anthologie (Pro)Créations de Lucie Chenu)
Les Gentlemen de l'étrange - Estelle Valls de Gomis A la fin du XIXe siècle, à Londres, deux amis passionnés de faits étranges, Manfred Gladstone et Wolfgang Bloodprint, se retrouvent mêlés volontairement ou non à des enquêtes plus fantastiques les unes que les autres.
Erwelyn Corsets et crinolines - Cyprien Bouton L'écrivain Arpad Vesper se laisse entraîner par son nouveau personnage féminin, une belle Marquise, Olympe Blancherose, qui va le convier à la regarder vivre ses aventures libertines, surnaturelles et fantastiques. Libertines par ce que échue dans un château où les moeurs des propriétaires n'ont rien à envier au Marquis de Sade. Surnaturelles car elle s'y éprend d'un fantôme bien entreprenant et fantastiques car changée en vampire elle n'aura de cesse de se nourrir.
Erwelyn
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Décembre 2007
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